De Jean-Louis Schmitt, le secrétaire de l'Arche
Paru dans Univers, Harmonie et Santé
Il y a quelques semaines (1) je vous annonçais - il est vrai, sans trop y croire – le retrait de la
liste des animaux dits « nuisibles » de la martre et de la belette ! L’embellie aura finalement été de courte durée - et le suspense de même - puisque le ministère de l’écologie (2) vient
d’annoncer la suspension de l’arrêté en question, remettant ainsi les deux petits carnivores sur la longue liste des animaux pouvant être piégés tout au long de l’année…
Quoique parfaitement prévisible, cette malheureuse reculade est éminemment symptomatique quant aux réelles motivations de nos
décideurs : assurément, seuls les arguments des chasseurs –que, rappelons-le, le retrait de la liste des nuisibles des deux mustélidés avait considérablement outré, sinon ouvertement courroucé-
auront somme toute été entendus ! Officiellement, ce revirement est argumenté par l’absence d’études scientifiques sérieuses concernant le rôle et l’impact concret des prédateurs en
question… En réalité, il ne fait aucun doute que le président de la fédération nationale des chasseurs se sera tout simplement montré
particulièrement convaincant face à Jean-Louis Borloo, actuel ministre de l’écologie ! En tous cas, manifestement bien plus persuasif que ne l’auront été les divers représentants des
associations de protection de la nature (3) siégeant aux tables rondes initiées dans le cadre d’un Grenelle de l’environnement qui tourne progressivement à la farce…
Le fait pourrait sembler quelque peu comique s’il n’était question de la vie (et, surtout de la mort…) d’animaux
négligemment jetés en pâture à ceux qui, à l’évidence, ne sauraient se passer de la jouissance des tueries en question ! Mais, ce n’est pas tout : comme pour flatter davantage encore ses amis
chasseurs, le ministre Borloo a tenté de retarder – non sans un certain succès d’ailleurs - les dates de fermeture de la chasse ! Tout cela ne laisse décidément planer aucun doute : les échéances
européennes étant proches, le gouvernement se devait d’adresser un message de sympathie fort aux quelques 1,3 millions de porteurs de fusil de l’hexagone et représentant autant d’électeurs
potentiels ! Et tant pis pour les « dégâts collatéraux » que sont les victimes de tir et autres pièges : après tout, elles ne votent pas, elles…
Brosser dans le sens du poil…
Les
amis des bêtes et autres défenseurs de la nature apprécieront à leur juste valeur tous ces « petits gestes » d’apaisement à destination d’un seul et même public : le milieu cynégétique ! Ce monde
qui, du reste, manifeste à chaque occasion (et les élections européennes en constituent assurément une bonne) de fâcheuses velléités de rapprochement
avec une extrême droite naturellement ravie de l’aubaine ! La chasse aux voix, voilà donc un des véritables motifs de tant de sollicitude et d’égards... C’est affligeant : à l’évidence on accorde
bien peu d’intérêt à la nature et à son indispensable biodiversité. La voilà la sombre et abjecte réalité !
Après un (très) bref répit, dames martre et belette rejoignent donc
à nouveau le clan des parias ! D’autres n’ont
hélas jamais eu le loisir de quitter -même aussi brièvement cette sinistre caste se faisant systématiquement
occire lorsqu’ils pointent ne serait-ce qu’un bout de leur museau : ainsi, goupil, manifestement coupable de tous les maux,
continue à être impitoyablement pourchassé ! Histoire d’accroître un peu plus encore cette frénésie destructrice, certains n’hésitent pas à transformer l’immonde tuerie en « concours » et autres réjouissances ! Vinsobres, petite bourgade drômoise, c’est ainsi illustrée récemment en organisant trois week-ends consécutifs de battues aux renards… Autres mal-aimés chroniques : les sangliers ! Du côté de Nancy (Meurthe et Moselle), de Marseille (massif de Marseilleveyre), un peu partout
en Alsace (et bien sûr ailleurs aussi), le sang des suidés a abondamment coulé ces dernières semaines ! Au nom de prétendues « régulations des populations », sous prétexte par ailleurs
d’inqualifiables dégâts causés par ces cochons (plus ou moins) sauvages, les chasseurs se sont donc une fois de plus acquittés de la sinistre mais - a les écouter : oh combien indispensable -
besogne ! Courageux à l’extrême, les « nemrods » ont effectué leur mission dans la joie et la bonne humeur qui les caractérisent : certaines mauvaises langues ont même fait courir l’absurde
(évidemment !) rumeur comme quoi les divers protagonistes de ce psychodrame auraient carrément prit du plaisir à flinguer les malheureux pourceaux passant dans leur ligne de mire !
Résultat de ces charmantes traques bucoliques : un tableau de chasse de quelques milliers de sangliers (4) qui, assurément, ne commettront plus aucun méfait !
« Un bon sanglier est un sanglier mort ».
Tel est en effet un des slogans régulièrement martelé tant par des victimes de dégâts causés par le placide
mammifère que par les tireurs-gestionnaires attitrés ! Se posant facilement en authentiques « sauveurs », ces derniers se retranchent volontiers derrière les griefs exprimés par les premiers pour
justifier la solution finale (les massacres en règle)… Ouf ! L’honneur est sauf ! Côté questionnement utile du genre « pourquoi ces déséquilibres incontestables ? » ou encore « est-il bien raisonnable de gaver les sangliers de maïs ? », on évite soigneusement ! On argue simplement l’indispensable régulation, la protection des biens et des êtres… et, personne - ou presque - ne trouve à y redire ! Et si, d’aventure, des râleurs se manifestaient, comptez sur la gouaille des intéressés qui ne manqueront pas de fourbir
l’arme massue imparable : les sommes faramineuses que leur coûte annuellement les dédommagements des dégâts causés par l’animal fouisseur et dévastateur qu’est « sus scrofa scrofa » (5)
!
La guerre est ouverte et fait rage dans quasi toutes les campagnes mais aussi dans les faubourgs de certaines
villes où les sangliers viennent chercher leur pitance, aggravant un peu plus encore leur cas ! Sans être devin, on sait que « la bête noire » ne sortira pas indemne de cette lutte acharnée : la
majorité ne bénéficiant pas de la bienveillance d’un Paul Mc Cartney (6) beaucoup - des milliers - y laisseront assurément encore leur peau… Preuve cinglante que l’Homme, après avoir
totalement « déréglé la machine », ne contrôle plus vraiment grand-chose et certainement pas ses pulsions malsaines !
(1) Univers, Harmonie & Santé n°15
« Nature… mais pas trop » février 2009
(2) Le ministère de l’Ecologie, de l’Énergie, du
Développement durable et de l’Aménagement du territoire a été créé le 1er juin 2007. Le président de la République l’a distingué en nommant à sa tête un ministre d’Etat.
(3) France Nature Environnement (FNE), Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), Fondation Nicolas Hulot (FNH),
Ligue ROC, Comité français pour la Nature ainsi que des représentants des territoires ruraux (agriculteurs et forestiers) et, bien sûr, les incontournables chasseurs…
(4) A titre d’exemple : 10 à 11 000 sangliers tirés en Meurthe et Moselle pour la dernière saison de chasse… dont
les carcasses sont généralement tout bonnement détruites car, peste porcine (PPC) sévissant, personne - pas même les chasseurs - ne veut de cette viande…
(5) « Sus scrofa scrofa » : nom latin du suiforme sauvage qu’est le sanglier !
(6) Plutôt réjouissante, cette info du 11 décembre 2008 : « Sir Paul McCartney a rendu ses voisins furieux
en refusant d’abattre un sanglier sauvage se trouvant sur sa propriété. Les autres propriétaires habitant près de la propriété de 1500 acres de Peasmarsh dans le East Sussex disent que l’animal,
dont le poids tourne autour de 900 livres, «fait des ravages» mais que le végétarien endurci fait l’entêté, même si la politique gouvernementale soutient que «les propriétaires du terrain ont le
droit de tuer le sanglier s’il menace l’environnement, l’agriculture, ou la sécurité.» Une de nos sources a révélé au journal britannique The Sun: «Le sanglier détruit tout sur son passage. Il
peut aussi représenter un danger si l’on s’en approche.» Les habitants du quartier sont en colère parce que Paul McCartney les empêche d’abattre les animaux, malgré qu’ils se reproduisent comme
des lapins et qu’ils saccagent sa propriété (…) ».