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La vie du Refuge de l'Arche de Noé, association alsacienne de protection des animaux de rente. http://www.refugenoe.fr/

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We Feed the World : la réification de l'animal



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Pour rebondir sur l'article «Panique dans le poulailler» de Jean-Louis, le secrétaire du Refuge, j'avais envie de vous parler d'un film que j'ai vu il y a quelques mois. Un film documentaire-choc, qui m'avait secouée, laissée toute perturbée. Son titre : «We Feed the World». Son sujet : la mondialisation et ses effets pervers dans les domaines agricole, humain, animal. 

Le tout dernier chapitre (car le film est composé de plusieurs longs chapitres) est consacré à la manière dont sont produits les poulets de chair. Les poussins naissent dans des cageots en plastique, entassés dans des couveuses géantes, dans des usines à produire du poussin. Presqu'immédiatement, sans avoir jamais vu leur maman ou la tête d'un congénère adulte, ils sont embarqués, sans ménagement aucun, et lancés à vive allure sur des tapis roulants. Ils piaillent, tombent dans le vide, sont projetés les uns contre les autres, mais la chaîne ne s'interrompt pas. Puis ils basculent dans des caisses, lesquelles sont ensuite fermées et acheminées vers les exploitations à poulets de chair. 

Quelques semaines plus tard, sans avoir rien connu d'autre que la claustration, l'entassement et la lumière artificielle permanente, ils sont à nouveau chargés dans des cageots et acheminés vers le dernier endroit qu'ils verront de leur pauvre vivant : l'abattoir. Là, comble de la perversion, on les plonge dans une douce lumière bleutée, une teinte qu'ils ne perçoivent pas et qui leur donne l'illusion de la nuit, les calme avant le coup de lame final. 

Dans le cinéma, un homme s'est levé. Traversant la salle d'un pas rageur, il est parti en claquant la porte. Ne supportait-il plus les images de ces poulets passant la tête en bas dans des dédales de machines à tuer ? Ou leurs cris de terreur, de mal-être, d'incompréhension ?

Quand je pense à la délicatesse avec laquelle Hugues et moi avons sorti de leur boîte les frêles poussins que nous avons récupérés à Steinbourg. Le monde est fou mais heureusement, Pioneer «Feed the World» avec ses semences transgéniques, permettant aux éleveurs de produire des milliers, des milliards de poulets à chair nourris au soja amazonien, lequel, cultivé sur des parcelles d'anciennes forêts, condamne des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants à la famine. Et comme le dit si bien Jean Ziegler dans le film : «Chaque enfant qui meurt de faim dans le monde est un enfant qu'on assassine». 

Et les animaux dans tout ça ? Ils ne sont plus qu'objets, sortes de tomates à pattes, produits à grande échelle dans des conditions effroyables pour que nous, consommateurs occidentaux, puissions nous payer le luxe d'avoir tous les jours dans nos assiettes des bêtes mortes, en sauce, grillées ou à la crème, misérables signes d'opulence autant que d'aveuglement.

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