La vie du Refuge de l'Arche de Noé, association alsacienne de protection des animaux de rente. http://www.refugenoe.fr/
A propos de l’utilité de certaines espèces d’animaux et de l’inutilité d’autres…
Jean-Louis SCHMITT
Sous le prétexte fallacieux de la destruction des prétendus « nuisibles », les chasseurs et piégeurs exterminent chaque année des milliers d’animaux… Qui plus est : avec la bénédiction implicite des autorités !
Notion des plus vagues, l’utilité et, à l’inverse, la nuisibilité de certaines catégories de bêtes fera sans doute longtemps encore débat ! C’est un fait : pareille classification est des plus aléatoire et, bien plus que de vouloir résoudre durablement certains problèmes, elle permet surtout à d’aucuns d’assouvir leurs pulsions destructrices : aucune étude sérieuse n’est en effet en mesure de démontrer le rôle uniquement néfaste d’une espèce en particulier ! Bien évidemment, il est parfaitement possible que, ponctuellement, certains animaux puissent porter préjudice : a la réflexion –si toutefois on voulait s’en donner la peine- on s’apercevrait que, si déséquilibre il y a, il a été généralement provoqué par l’homme ! Plutôt alors que de réparer ses errements, la solution la plus simple consiste à déclarer les responsables potentiels des dégâts comme étant « nuisibles » et, ainsi, de pouvoir les pourchasser sans merci… Il faut en effet savoir que la destruction de ceux qui ont eu le malheur de voir figurer leur nom sur la liste des indésirables est autorisée toute l’année : ainsi, des chasseurs, parfois frustrés par une saison particulièrement médiocre, peuvent parfaitement prolonger le plaisir et, sous couvert de « débarrasser » la nature d’animaux dits « malfaisants », s’autoriser encore quelques traques jouissives ! C’est bien commode…
Mais, il n’y a pas que le fusil et, afin d’arriver à ses fins, l’Homme (décidément particulièrement inspiré) a imaginé et mis en branle tout un arsenal de pratiques l’une plus barbare que l’autre ; pièges, poison, déterrage… Tout est bon en la matière !
Mais, que leur reproche-t-on ?
Pour les renards et certains mustélidés comme la fouine, ce sont les intrusions et, par voie de conséquence, les hécatombes dans les poulaillers qui sont régulièrement montrées du doigt ! Il n’est, c’est évident, pas agréable de constater qu’un prédateur, profitant d’une mauvaise clôture ou d’une porte mal fermée, s’est outrageusement servi dans la basse-cour ! A la réflexion pourtant, l’animal n’aura fait que profiter d’une aubaine pour assurer sa subsistance : l’acte de chasse n’étant pour lui aucunement délictueux mais simplement « naturel » et indispensable… De la même manière, un sanglier et, à fortiori, une troupe complète de cochons sauvages, jetant son dévolu sur un champ cultivé ne fait que ce pourquoi il a été programmé : vivre tout simplement ! La notion de « propriété » étant une idée essentiellement propre à l’homme, le sanglier ne voit aucun mal dans son comportement considéré par nous autres comme particulièrement destructeur ! La pie ou le corbeau pillant un nid agit exactement de la même manière : pour eux, il ne s’agit d’aucune façon de commettre un quelconque délit mais tout bonnement d’assurer leur subsistance et la pérennité de l’espèce qui sont leurs préoccupations quotidiennes et permanentes…
Qu’une espèce se permette de surcroît de jeter son dévolu sur un gibier que l’Homme s’est également attribué et la provocation n’en est que plus insupportable : c’est une guerre sans merci qui sera alors menée afin d’écarter le concurrent et, à ce triste jeux, l’animal ne peut que perdre !
Pour peu que l’on se mette à raisonner un tantinet, on s’apercevrait bien vite que les concepts faisant référence à « l’utile » et au « nuisible » sont parfaitement perfides et pour le moins malhonnêtes : encore une fois, la classification dans l’une ou l’autre catégorie est sujette aux seuls intérêts d’un parti –celui de l’Homme- l’autre –l’animal- n’ayant nullement droit au chapitre !
Quasi royalement, que dis-je : divinement, nous décrétons que untel, pour avoir des mœurs bizarres –comme creuser la terre de gigantesques galeries par exemple- est derechef classé persona non grata ! Pour peu que l’indésirable commette par-dessus le marché quelques menus larcins tel que de s’intéresser de trop près à la treille plantée là, et l’opportuniste blaireau en question sera impitoyablement pourchassé… Que, par ailleurs, le débonnaire animal puisse contribuer à la régulation de certains rongeurs ne sera nullement retenu en sa faveur : seuls ses « dégâts » seront évoqués et, à l’occasion même outrageusement exagérés !
Tant de mauvaise foi est tout simplement déconcertant : le résultat de ces guerres sans merci livrées à certains animaux accentue davantage encore le déséquilibre déjà patent d’une nature mise bien à mal de toutes parts ! Et c’est ainsi que l’on assiste à de pures aberrations tel que le classement en catégorie « nuisible » du lapin de garenne (qui s’attaque à certaines cultures) tout comme de la fouine et du renard qui, par ailleurs, seraient parfaitement aptes à réguler les populations des premiers… De la même manière va-t-on prétexter une évidente surpopulation de sangliers (« voyez tous ces dégâts… ») et paradoxalement, gaver consciencieusement et régulièrement les cochons de maïs par des affouragements artificiels… Résultat -n’ayant hormis l’homme aucun ennemi- les populations de suidés explosent littéralement, justifiant en retour les battues et autres tueries en règle !
Ce serait évidemment trop simple de laisser faire la nature mais l’Homme préfère décider seul -souvent en dépit du bons sens…- et éliminer inexorablement comme bon lui semble les derniers prédateurs naturels ! Les débats opposants à intervalles réguliers « pro » et « anti » loups (ou ours), témoignent de cette désormais impossibilité d’accepter une relative cohabitation avec les derniers représentants d’espèces réellement en danger d’extinction totale…
L’Homme aura assurément réussi au moins cela : tout bouleverser !
Il oublie juste un détail : qu’il le veuille ou non, qu’il l’admette ou non, l’Homme fait, lui aussi, partie intégrante de ce monde qu’il souhaite tant régir à sa guise… Et, à ce titre, tôt ou tard, il devra répondre de tous ses crimes perpétrés dans l’allégresse et le plus parfait dédain.
En conclusion, les termes d’ « utile » ou de « nuisible » n’ont tout simplement aucun sens ! Il serait grand temps de cesser enfin ces classifications stupides et d’adopter d’autres méthodes : réparer les erreurs commises jusque là serait un bon début au lieu d’aggraver encore et encore les déséquilibres !
Notre responsabilité à tous est largement engagée dans ce combat que nous nous devons de mener pour les animaux et la planète et non pas contre eux !